
Le manager de 2025 : moins de process, plus de lucidité
Les outils de management se multiplient, mais les tensions d'équipe n'ont jamais été aussi présentes. Et si le vrai levier n'était pas un nouveau process, mais un travail sur la posture du manager ?

Loïc Wan-Ajouhu
Co-Fondateur de VikL, ancien Directeur financier chez VINCI Construction
Toujours plus d'outils, toujours autant de tensions
Les managers n'ont jamais eu autant d'outils à leur disposition. Logiciels de gestion de projet, plateformes RH, tableaux de bord de performance, OKR, rituels agiles, templates de feedback...
Et pourtant, les tensions d'équipe n'ont pas diminué. Le taux de désengagement reste élevé. Les managers sont épuisés. Les collaborateurs se sentent souvent incompris.
Il y a un paradoxe évident : on a outillé les process, mais pas les personnes.
On sait parfaitement planifier un sprint. On sait beaucoup moins gérer le moment où deux collaborateurs ne se parlent plus depuis trois semaines.
Le piège du "tout process"
Le réflexe de beaucoup d'organisations face aux tensions humaines est d'ajouter un process. Conflit récurrent ? On crée un "cadre de résolution des conflits". Feedback insuffisant ? On impose des "entretiens trimestriels structurés". Communication défaillante ? On déploie un rituel hebdomadaire supplémentaire.
Ces dispositifs partent d'une bonne intention. Mais ils manquent souvent l'essentiel : un process ne change pas la façon dont un manager perçoit une situation, gère ses émotions ou choisit ses mots.
Vous pouvez avoir le meilleur template de feedback du monde. Si le manager qui le remplit ne comprend pas pourquoi son collaborateur réagit différemment de ce qu'il attendait, le template ne servira à rien.
Ce qui change vraiment la donne
La lucidité plutôt que la méthode
Le manager de 2025 n'est pas celui qui maîtrise le plus de méthodes. C'est celui qui voit le plus clairement ce qui se passe — en lui et autour de lui.
La lucidité, c'est :
- Reconnaître qu'on est agacé avant de réagir
- Voir que le silence d'un collaborateur n'est pas de l'approbation
- Comprendre que sa propre façon de communiquer n'est pas universelle
- Accepter qu'une tension non traitée ne disparaîtra pas d'elle-même
C'est le préalable à toute action juste. Et ça ne s'apprend pas dans un process — ça se cultive dans la pratique.
L'adaptation plutôt que le standard
Chaque collaborateur est différent. Dans son profil comportemental, sa culture, sa façon de recevoir l'information, ses besoins relationnels.
Le manager qui traite tout le monde de la même façon — même avec les meilleures intentions — crée des malentendus. Celui qui adapte son approche au profil de chaque interlocuteur crée de la confiance.
Un profil analytique a besoin de données et de logique. Un profil expressif a besoin de connexion et de reconnaissance. Un profil stable a besoin de sécurité et de temps. Un profil dominant a besoin de clarté et d'efficacité.
Le manager de 2025 ne manage pas une équipe. Il manage des individus.
L'accompagnement continu plutôt que la formation ponctuelle
Le modèle classique du développement managérial — une formation de 2 jours par an — montre ses limites depuis longtemps. Non pas que les formations soient mauvaises, mais parce que :
- On oublie 80% du contenu en quelques semaines
- Les situations réelles ne ressemblent jamais aux cas d'étude
- Le moment où on a besoin d'aide est rarement celui où la formation a lieu
Ce qui fonctionne, c'est l'accompagnement au fil de l'eau. Un soutien disponible quand la tension se présente, pas quand le calendrier de formation le prévoit.
C'est la conviction qui a fondé VikL : proposer à chaque manager un compagnon qui l'aide à voir clair, à trouver les bons mots et à progresser — au quotidien, dans son contexte réel, adapté à son profil et à celui de ses collaborateurs.
À quoi ressemble le manager de 2025 ?
Si je devais dessiner le portrait du manager qui réussira dans les années qui viennent, voici ce que je verrais :
- Il connaît ses angles morts et ne prétend pas tout maîtriser
- Il adapte son style au profil et à la culture de chaque interlocuteur
- Il traite les tensions tôt au lieu d'attendre qu'elles s'enveniment
- Il cherche le feedback au lieu de le fuir
- Il progresse en continu plutôt que par à-coups formatifs
- Il utilise les outils non pas pour automatiser ses relations, mais pour renforcer sa capacité à les gérer
Ce n'est pas un profil idéaliste. C'est un profil réaliste — à condition d'avoir les bons soutiens.
En résumé
Le management de 2025 ne sera pas défini par les outils qu'on utilise, mais par la qualité des relations qu'on construit.
Les process sont nécessaires. Mais ils ne suffiront jamais. Ce qui fait la différence, c'est un manager qui se connaît, qui comprend les autres, et qui a le courage d'agir avec justesse — même quand c'est inconfortable.
Moins de process, plus de lucidité. C'est peut-être le virage le plus important que le management ait à prendre.
